une géographie sous l’eau

loïc la fois au café orr quand nous ne savions pas tout ce qui était à venir

à l’automne il y a peu mais ça semble si lointain nous suivions un cours d’atelier de prose il eut fallu nous commenter en classe parce que l’évaluation le requerrait mais à cette époque nous avions une préférence pour l’ailleurs jaser en café s’adresser des commentaires plus longs que les textes eux-mêmes

je réponds à ce texte en mot à mot, je l’ai lu deux fois, il m’a rattrapé, je voudrais pleurer, mais les larmes ne viennent pas. plus rien ne vient, c’est comme si l’âge m’avait surpris au détour de ma jeunesse. un moment, on a tout son temps devant soi, et un matin, plus rien, l’impression d’être en retard sur tout ce qui n’a pas été. un quotidien en deuil, un quotidien de peine, une marche funèbre vers demain, une collection de pas à épuiser, le compteur écoule les chiffres, bientôt il sera trop tard pour même raconter les possibles jamais advenus. mais l’immobilité ne parle pas, alors il faut avancer.

tu as cru, c’était de l’ordre de la croyance, cet avant. on se pense arrivé, de l’autre côté, et puis non, on est en chemin, égaré, encore, enfermé dans le circuit fermé de nos blessures. cette bête est étrange, elle me fait pitié, elle semble se lamenter. elle apparaît, après longtemps, après la monstruosité de la chambre. quelque chose s’est matérialisé, il fallait circonscrire la zone du destructible, la présence qui pèse en arrière-plan, elle vit en toi, elle se rend à la surface par l’écriture, elle coule aux commissures de ta bouche, elle est le poison que ton corps rejette, il voudrait tant vivre, le pauvre, mais c’est qu’il ne comprend pas qu’il rejette une part de lui-même, des peurs et des souvenirs qui le maintiennent en vie. « la messe baveuse des peurs », une cérémonie pour des croyants qui ont perdu foi en eux-mêmes. je suis fatiguée, si tu savais comme ton écriture me ramène à mes tréfonds. ce n’est pas un reproche, je voudrais tant pouvoir te parler, mais il y a ces bêtes entre nous, et les mots qui ne passent pas, et cette distance que je m’évertue à parcourir, entre les lieux d’effondrement et l’urgence maladive de construire. attention, j’ai des mots pour panser les fissures qui gangrènent les os, mais il faut du temps, et cela nous manque cruellement, nous sommes moins éternels que nos souffrances. 

mais il faut croire, et vite.

voilà, je pleure maintenant, il fallait placer tes mots dans ma tête, agencer les couleurs, ouvrir des portes et des fenêtres, laisser le froid entrer, l’air aussi.

Il y a dans l’espace de l’écriture cet appareil muqueux

qui enfle et qui s’infecte si il ne sent pas. Je l’ai gavé de vos lettres et de vos traits 

pour ne pas mourir. Un portrait de famille dans une flasque, bien encadré, face contre table. 

Le cadre, 

le cadre est vrai mais vous n’êtes que volupté à écrire en figures, 

des pièces à joindre

et à s’arracher. Nos visages gris deviennent les visages des tunnels, la longue et mauvaise

prise aux choses.          Vous m’êtes si loin.

« vous m’êtes si loin » 

ce même lieu, ces traces dans le bois du lit, ces variations dans le ton et la voix d’un toi qui se décompose avec les fruits et les livres. tant de matière gaspillée, tant de nature en décrépitude qui ronge les meubles, les murs, les mains, l’étoffe d’une peau parchemin arborant la calligraphie d’une époque à faire mourir, qui devra devenir poussière pour laisser place à la lumière et à l’emprise ravageuse des promesses qui t’attendent, te veulent, t’espèrent. entends-les, c’est une musique à faire pleurer.

arriveras-tu à rattraper le présent avant de mourir sous les lattes ?

         il le faut, ce serait impardonnable, pour moi, et les autres. je pense un monde où la chambre t’avale, c’est un monde plausible, détestable. ranimer le fruit, cueillir le goût rance sur une langue étale. il le faut, je ne me pardonnerais pas 

de ne pas savoir te pardonner

tu y réfléchis pour rire, moi je ne ris pas, je voudrais allumer mille chandelles au jour, organiser des cérémonies nouvelles, asseoir le cortège monstrueux à ma table, servir une tendresse qui se mange froide, chanter des berceuses pour les fatigues millénaires qui se cachent sous les meubles, bercer l’enfant qui attend un signe, une réponse, un message venu de cet au-delà bleu mer, la permission de grandir, de se faire cruel 

et définitif.

         non, nous n’oublierons pas, les nasaux brûlant de cette eau imbuvable. 

des images et des mots qui écorchent, à guérir de son sang et de sa mémoire.

« vas-tu m’écrire, toi? »

vas-tu, m’écrire, toi.

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