g debord à p straram

À Straram

25 août 60

Cher Patrick,

Je me retrouve à Paris, et en état d’écrire, après une série de déplacements qui a été plus longue que ce que je prévoyais. Mais j’ai enfin découvert le mescal : c’est très bien.
Comme nous l’avons écrit quelquefois l’un et l’autre, il est très difficile de reprendre, par des lettres, une discussion d’ensemble. Mais il devient nécessaire, et en même temps possible, de commencer. Sur la base des textes publiés, ici et au Canada. L’ensemble du Cahier n° 1 est intéressant et positif. De plus, pour moi − et d’autres amis − c’est une réponse encourageante, un signe de reconnaissance dans la curieuse aventure qui se poursuit. Rien n’est plus précieux que les complices possibles d’un tel jeu.

À considérer dans le détail les collaborateurs du Cahier, il faut dire que c’est une sorte de front commun encore peu précis sans doute pour certains (donc, à comprendre et juger dans son devenir) puisque à des éléments très avancés se joignent quelques vieilleries conformistes. Gilles Leclerc est dans une confusion qui ne s’ouvre que sur Dieu et son « odeur d’œuf pourri ». Son vocabulaire s’en ressent aussi. Les vérités parcellaires qui s’y mêlent en sont altérées. Conseille-lui de renoncer à la perspective du paradis ; et de l’enfer. Peut-être aussi de lire les œuvres philosophiques de la jeunesse de Marx pour apprendre « le respect de l’intelligence », parce qu’il est très mauvais d’en rester à l’âge mental de 14 ans, surtout quand on a eu 14 ans en admirant Carrel, Koesler et Malraux (cette idée-là de la grandeur humaine a de quoi vous rendre déiste, en effet). Miron est votre Artaud. Sympathique. Mais pour crier, il faut crier plus fort. Pour se taire, peut-être se taire plus brièvement ?


Des talents pour le langage (Gilles Hénault, etc. P. M. Lapointe fait du bon Eluard). Tout cela doit pouvoir trouver un champ d’application. C’est le problème de la poésie − sa nature dans l’avenir et dès aujourd’hui. Tu décris quelques conditions indispensables de la nouvelle poésie, dans « Graal sous Cellophane ». II faudra le répéter souvent.

Si j’exprime principalement des réserves, que tu as déjà dû peser toi-même, c’est évidemment à partir de mon premier mouvement d’approbation, sur lequel il n’est pas besoin de s’étendre. En dehors des textes théoriques, j’aime surtout « L’air de nager » ; y compris comme forme d’écriture tendant au compte rendu complet de moments d’une aventure (le surréalisme dépassé, des livres comme Nadja et L’Amour fou justement sont formellement sur la voie d’une expression directement sortie de la vie quotidienne, de l’expérience de son dépassement, pour servir à modifier cette vie). J’ai ajouté, à la lecture, les histoires que je vivais moi-même en avril 57.

Guy

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